Dynamique de groupe et gestion de conflits

La dynamique du groupe est aussi importante que l’activité comme telle. Parfois, il faut donc interrompre les activités pour porter attention à certaines questions ou préoccupations qui surgissent. C’est important afin de créer un espace où l’équilibre du groupe et respectée et où toutes les participantes se sentent à l’aise avec les décisions qui sont prises et les discussions faites. Par exemple, quand des questions, des tensions ou des baisses d’énergie surviennent et que cela affecte la dynamique du groupe, il faut en parler. C’est un moment d’apprentissage important pour tout le monde dans le groupe. Vous ne devriez pas sentir que vous avez « raté » l’activité, travailler avec la dynamique du groupe et la gestion des conflits est aussi important que les activités planifiées.

Prenez le temps de parler quand ces situations, préoccupations ou questions arrivent :

  • Quand des expériences personnelles et professionnelles marquantes sont abordées ;
  • Quand des événements spontanés arrivent, c’est un bon moment pour faire des réflexions sur les apprentissages ;
  • Quand se présentent des situations avec lesquelles vous êtes incertaines, chercher les ressources et les solutions pour trouver comment les aborder ;
  • Quand des conflits entre des participantes surviennent, prenez les temps pour trouver des stratégies possibles pour les gérer ;
  • Quand des conflits personnels arrivent : il peut y avoir une incompréhension ou un conflit entre les animatrices. Il est très important de prendre le temps nécessaire pour régler le problème. Des problèmes qui ne sont pas réglés peuvent avoir un impact négatif sur l’ambiance du projet.

Il existe plusieurs théories sur le fonctionnement des groupes. La théorie exposée ici présente cinq étapes dans le développement d’un groupe, montre comment des conflits surgissent et pourquoi ils sont une part importante du fonctionnement du groupe :

  1. La formation
  2. Le débat
  3. La normalisation
  4. La performance
  5. La conclusion¹

Nous croyons que cette théorie peut aider à aborder le rôle que les animatrices doivent prendre pour aider à construire une dynamique de groupe intéressante et pour anticiper et gérer les conflits. Par contre, même si le modèle est basé sur une progression régulière du groupe d’une étape à l’autre, l’expérience nous enseigne que les choses se déroulent souvent autrement.

Comme pour le modèle en spirale de l’éducation populaire, le processus est organique : on passe d’une étape à l’autre, puis on revient en arrière, puis on passe à une autre étape. L’important à retenir, c’est que peu importe où votre groupe se trouve dans le processus, c’est un processus normal. D’une manière ou d’une autre, c’est le groupe lui-même qui vous donne l’énergie et les moyens de travailler!

Les cinq étapes de dynamique de groupe :

1) La formation

À cette première étape, le groupe commence à se réunir, la cohésion dépend beaucoup de l’animatrice. Les filles s’attendront naturellement à ce que vous les guidiez et elles auront inévitablement une foule de questions à vous poser. C’est à ce moment que vous devriez définir ensemble une Entente de groupe. Pour un exemple, consultez le modèle d’entente de groupe à l’annexe 3.

Respectez votre entente et n’ayez pas peur de la faire respecter par les participantes. Ne vous étonnez pas si les filles essaient de vous mettre à l’épreuve. Ce n’est rien de personnel : elles vous testent, tout simplement.

Comment reconnaître les filles qui ne s’impliquent pas :

  • Gardez à l’œil les filles qui se découragent facilement ;
  • Avec les filles qui sont plus discrètes, il est important de respecter la distance qu’elles souhaitent garder. Mais il faut aussi évaluer si elles sont en mode d’écoute active ou si elles sont complètement inattentives, ou même en mode de résistance ;
  • Utilisez les commentaires spontanés émis par les participantes pour aborder certaines questions ;
  • Si aucun commentaire n’est fait, parlez en tête-à-tête avec les filles qui semblent moins impliquées afin d’avoir une meilleure idée de leur expérience au sein du groupe. Peut-être préfèrent-elles écouter plutôt que parler ? Peut-être sont-elles préoccupées par autre chose ? Peut-être sont-elles tout simplement habituées à communiquer d’une façon qui vous est peu familière ? Vous devrez alors penser à modifier un peu votre style d’animation pour vous assurer de ne pas les exclure ;
  • Encouragez-les par du renforcement positif. Par exemple, lorsque les filles essaient avec le groupe une nouvelle activité qui les rendait nerveuses (comme un sport ou une séance de partage dans le groupe) ; faites preuve de sollicitude et soutenez-les. Aussi, lorsqu’une fille prend une décision responsable, signalez-lui que vous avez remarqué et que vous êtes fière d’elle ;
  • Travaillez en tête-à-tête avec les filles qui ont de la difficulté à s’impliquer et qui ne réagissent pas au renforcement positif ;
  • Utilisez une boîte de suggestions pour permettre aux filles de s’exprimer discrètement et de façon anonyme. Vous pouvez prendre le temps, pendant une séance donnée, de distribuer des feuilles à toutes les filles et de leur demander de déposer leurs suggestions dans la boîte, même si elles n’ont rien à dire pour l’instant, ne serait-ce que pour « partir le bal ». Prenez le temps, à chaque rencontre, de lire chaque question et d’en discuter avec les filles. Mettez au clair que ces questions sont importantes et les concernent toutes. En tant qu’organisatrice, vous devriez jeter un coup d’œil aux questions avant les rencontres afin de trouver des réponses aux questions dont vous doutez ;
  • Évitez d’employer un langage abstrait ou trop compliqué. Cela peut faire en sorte que les filles se sentent timides et hésitent à participer aux discussions.

2) Le débat

Le débat désigne l’étape, dans la vie d’un groupe, où les conflits commencent à émerger. Cela fait partie du processus normal d’un groupe ; ne paniquez pas! Servez vous du conflit pour discuter de façon constructive et résoudre les différends. Utilisez-le pour faire ressortir les véritables besoins du groupe.

Au fur et à mesure que les membres du groupe apprennent à se connaître, certaines filles peuvent essayer de prendre le rôle de leader. Il arrive aussi que des cliques se forment et que des luttes de pouvoir émergent. Reconnaissez que les actes de défiance contre les Ententes de groupe ne sont probablement pas malveillants : les filles ne font que tester les limites et affirmer leur individualité. Faites tout ce que vous pouvez pour reconnaître les talents particuliers de chaque participante et donnez-leur l’occasion d’en faire usage. Laissez les émotions s’exprimer et prenez le temps de résoudre les conflits quand ils émergent. Ne vous inquiétez pas si cela vous fait dévier du déroulement initial de l’atelier : ce sont des occasions d’apprentissage inestimables. Même si vous avez des affinités naturelles avec certains individus, une clique ou une tendance au sein du groupe, efforcez-vous de rester le plus neutre possible et assurez-vous que l’espace reste ouvert à toutes.

Réduire les tensions entre les cliques :

  • Changez la position des filles les unes par rapport aux autres dans l’espace. Par exemple, assoyez-vous entre elles ou faites-les participer à des jeux physiques (comme la chaise musicale ou la danse) qui les encouragent à s’amuser ensemble ;
  • Séparez les filles en paires pour certaines activités, afin de diviser les cliques, même si les filles rechignent à l’idée ;
  • Faites des activités où les filles doivent se concentrer sur un objectif commun.

3) La normalisation

À cette étape du processus, les participantes commencent à être habituées à travailler ensemble dans le respect de l’Entente de groupe. Les rôles et les responsabilités sont établis et acceptés. Les filles ont trouvé un bon rythme de travail et elles ont du plaisir à être ensemble, même si elles ne sont pas toujours d’accord sur tout. L’animatrice veille à la bonne entente et encourage les filles à prendre leur place au sein du groupe.

4) La performance

À ce stade, le groupe a atteint un bon niveau d’autonomie et peut accomplir beaucoup de choses sans l’aide de l’animatrice. Ne vous accrochez pas au rôle de leader : vous êtes un élément précieux de l’équipe et vous pouvez toujours soutenir le leadership émergent subtilement en participant activement, en encourageant et en suggérant. Des différends se produisent encore à l’occasion, mais ils sont désormais résolus positivement par le groupe. Les changements et les solutions nécessaires sont maintenant imaginés et mis en place par le groupe.

5) La conclusion

La conclusion survient quand le groupe se défait. Cela peut se produire à plusieurs reprises au sein d’un groupe ouvert, lorsque des membres arrivent ou partent. À chaque changement de configuration du groupe, c’est un nouveau groupe qui se forme. C’est pourquoi il est bon de définir un processus pour marquer les commencements et les conclusions. Pour certaines filles, le groupe est comme un deuxième foyer. En tant qu’animatrice, il est important de reconnaître la vulnérabilité des participantes à ce stade et d’y être particulièrement sensible, surtout si certaines membres du groupe ont tissé des liens solides et se sentent menacées par ces changements. Une conclusion à la fin de chaque activité donne aux filles un sentiment d’accomplissement et leur permet de retenir mentalement les aspects positifs de chaque activité. Par exemple, il est bon de permettre à chaque membre du groupe de s’exprimer une à la fois sur ce qu’elles ont appris lors de l’activité et sur ce qui, selon elle, a été le moment le plus mémorable. L’animatrice peut alors rappeler les interactions, les commentaires et les contributions qui ont eu un effet positif sur le groupe, ce qui permet aux participantes de bien assimiler l’expérience.

 

¹ Adapted from Bruce Tuckman (1965). “Developmental sequence in small groups.” in Psychological bulletin, 63, 384-399.