La dynamique du groupe est aussi importante que l’activité comme telle. Parfois, il faut donc interrompre les activités pour porter attention à certaines questions ou préoccupations qui surgissent. C’est important afin de créer un espace où l’équilibre du groupe et respectée et où toutes les participantes se sentent à l’aise avec les décisions qui sont prises et les discussions faites. Par exemple, quand des questions, des tensions ou des baisses d’énergie surviennent et que cela affecte la dynamique du groupe, il faut en parler. C’est un moment d’apprentissage important pour tout le monde dans le groupe. Vous ne devriez pas sentir que vous avez « raté » l’activité, travailler avec la dynamique du groupe et la gestion des conflits est aussi important que les activités planifiées.
Prenez le temps de parler quand ces situations, préoccupations ou questions arrivent :
Il existe plusieurs théories sur le fonctionnement des groupes. La théorie exposée ici présente cinq étapes dans le développement d’un groupe, montre comment des conflits surgissent et pourquoi ils sont une part importante du fonctionnement du groupe :
Nous croyons que cette théorie peut aider à aborder le rôle que les animatrices doivent prendre pour aider à construire une dynamique de groupe intéressante et pour anticiper et gérer les conflits. Par contre, même si le modèle est basé sur une progression régulière du groupe d’une étape à l’autre, l’expérience nous enseigne que les choses se déroulent souvent autrement.
Comme pour le modèle en spirale de l’éducation populaire, le processus est organique : on passe d’une étape à l’autre, puis on revient en arrière, puis on passe à une autre étape. L’important à retenir, c’est que peu importe où votre groupe se trouve dans le processus, c’est un processus normal. D’une manière ou d’une autre, c’est le groupe lui-même qui vous donne l’énergie et les moyens de travailler!
Les cinq étapes de dynamique de groupe :
1) La formation
À cette première étape, le groupe commence à se réunir, la cohésion dépend beaucoup de l’animatrice. Les filles s’attendront naturellement à ce que vous les guidiez et elles auront inévitablement une foule de questions à vous poser. C’est à ce moment que vous devriez définir ensemble une Entente de groupe. Pour un exemple, consultez le modèle d’entente de groupe à l’annexe 3.
Respectez votre entente et n’ayez pas peur de la faire respecter par les participantes. Ne vous étonnez pas si les filles essaient de vous mettre à l’épreuve. Ce n’est rien de personnel : elles vous testent, tout simplement.
Comment reconnaître les filles qui ne s’impliquent pas :
2) Le débat
Le débat désigne l’étape, dans la vie d’un groupe, où les conflits commencent à émerger. Cela fait partie du processus normal d’un groupe ; ne paniquez pas! Servez vous du conflit pour discuter de façon constructive et résoudre les différends. Utilisez-le pour faire ressortir les véritables besoins du groupe.
Au fur et à mesure que les membres du groupe apprennent à se connaître, certaines filles peuvent essayer de prendre le rôle de leader. Il arrive aussi que des cliques se forment et que des luttes de pouvoir émergent. Reconnaissez que les actes de défiance contre les Ententes de groupe ne sont probablement pas malveillants : les filles ne font que tester les limites et affirmer leur individualité. Faites tout ce que vous pouvez pour reconnaître les talents particuliers de chaque participante et donnez-leur l’occasion d’en faire usage. Laissez les émotions s’exprimer et prenez le temps de résoudre les conflits quand ils émergent. Ne vous inquiétez pas si cela vous fait dévier du déroulement initial de l’atelier : ce sont des occasions d’apprentissage inestimables. Même si vous avez des affinités naturelles avec certains individus, une clique ou une tendance au sein du groupe, efforcez-vous de rester le plus neutre possible et assurez-vous que l’espace reste ouvert à toutes.
Réduire les tensions entre les cliques :
3) La normalisation
À cette étape du processus, les participantes commencent à être habituées à travailler ensemble dans le respect de l’Entente de groupe. Les rôles et les responsabilités sont établis et acceptés. Les filles ont trouvé un bon rythme de travail et elles ont du plaisir à être ensemble, même si elles ne sont pas toujours d’accord sur tout. L’animatrice veille à la bonne entente et encourage les filles à prendre leur place au sein du groupe.
4) La performance
À ce stade, le groupe a atteint un bon niveau d’autonomie et peut accomplir beaucoup de choses sans l’aide de l’animatrice. Ne vous accrochez pas au rôle de leader : vous êtes un élément précieux de l’équipe et vous pouvez toujours soutenir le leadership émergent subtilement en participant activement, en encourageant et en suggérant. Des différends se produisent encore à l’occasion, mais ils sont désormais résolus positivement par le groupe. Les changements et les solutions nécessaires sont maintenant imaginés et mis en place par le groupe.
5) La conclusion
La conclusion survient quand le groupe se défait. Cela peut se produire à plusieurs reprises au sein d’un groupe ouvert, lorsque des membres arrivent ou partent. À chaque changement de configuration du groupe, c’est un nouveau groupe qui se forme. C’est pourquoi il est bon de définir un processus pour marquer les commencements et les conclusions. Pour certaines filles, le groupe est comme un deuxième foyer. En tant qu’animatrice, il est important de reconnaître la vulnérabilité des participantes à ce stade et d’y être particulièrement sensible, surtout si certaines membres du groupe ont tissé des liens solides et se sentent menacées par ces changements. Une conclusion à la fin de chaque activité donne aux filles un sentiment d’accomplissement et leur permet de retenir mentalement les aspects positifs de chaque activité. Par exemple, il est bon de permettre à chaque membre du groupe de s’exprimer une à la fois sur ce qu’elles ont appris lors de l’activité et sur ce qui, selon elle, a été le moment le plus mémorable. L’animatrice peut alors rappeler les interactions, les commentaires et les contributions qui ont eu un effet positif sur le groupe, ce qui permet aux participantes de bien assimiler l’expérience.
¹ Adapted from Bruce Tuckman (1965). “Developmental sequence in small groups.” in Psychological bulletin, 63, 384-399.